De Jérôme NodenotLe résumé :
Antoine est ingénieur commercial dans une entreprise pharmaceutique. Jusqu'ici en adéquation avec son temps, il se trouve dans une mauvaise passe. En pleine dépression il fait la connaissance de ses nouveaux voisins, les Fouch qui, dans une démarche à la fois voltairienne (en ce sens où ils opposent une sagesse du bon sens aux idéologies dominantes) et gidienne (en faisant s'exprimer leur "authenticité" sans compromission) essayent d'exister différemment. Tous les personnages de ce livre cohabitent dans la même résidence à Toulouse (dont l'auteur lui-même). Enfin, la SDF serait aussi une tentative de conciliation entre la vie moderne et une certaine identité française. (Sélection du Prix Alexandrie 2008)
Mon commentaire :
Il s’agirait, presque, d’une thèse soutenue par l’auteur, mais, dirais-je, écrite et développée dans un style d’auteur écrivain. Ce roman est surtout composé, comme le souligne l’auteur, de fragments narratifs, ou méditatifs, et cet ensemble interpelle forcément le lecteur. Je crois que, quelles que soient nos motivations, au fil de nos tranches de vie, nous évoluons, nous identifions et passons d’un conditionnement à un autre, tout en voulant nous en défendre. Tel l’adolescent qui pense s’arroger le droit à la différence. Ne s’est-il pas, au bout du compte, fondu, lui aussi, dans un moule ? Fouch l’a bien compris et là est sa lutte. Jérôme Nodenot démontre, entre autres, la faiblesse de l’homme qui, croyant se démarquer des autres, ne fait que se laisser modeler au fil des générations et des siècles. Déterminer la valeur intrinsèque d’un homme, aux yeux de la société, est une utopie. Ce qui m’amène au mélange des classes sociales, où je n’y vois qu’un semblant de verni pour le « juste dehors » et ne va pas au-delà, ce qui induit, obligatoirement, l’intolérance. La lutte contre son milieu d’origine, l’on peut y arriver et gagner. J’en suis persuadée, mais pour un temps, un temps seulement. Quant au mimétisme, voilà un mot que j’affectionne particulièrement. Il est une aide précieuse pour la formation de sa propre individualité. Avec cependant, une condition essentielle : ne pas se cantonner à un seul modèle. C’est ainsi que l’on forge sa propre personnalité. C’est vrai et c’est un comble. Copier pour devenir un « moi ». L’image du jeu de construction est formidablement bien adaptée. Pourquoi j’ai aimé ce roman ? Mais c’est évident ! En aucun cas, il ne peut laisser indifférent. En voiture, on regarde le paysage, en lisant « la sagesse des Fouch », on s’observe dans notre société car, la société, c’est bien nous !
Réponse de l'auteur :
Mon Dieu, que je réponds bien tard à ce commentaire pourtant si judicieux ! Pardon, trois fois pardon. Mary, je pense en effet que le mimétisme est l'un des fondamentaux de la création du moi, et l'un des éléments constitutifs d'une société. Même si cela paraît évident à certains scientifiques, en particulier les psychosociologues, j'ai le sentiment que cette idée reste un tabou ("chaque cas est un cas", dit-on, etc.) ; de ce point de vue, "La sagesse des Fouch" est aussi une provocation. L'expression "jeu de construction" me semble toujours appropriée aujourd'hui. François Mauriac, dans sa préface à ses "Trois récits", en parle mieux que moi (et fait une excellente synthèse de l'identité) : "Il est rare que les grandes lignes de notre univers intérieur se révèlent à nous dès la jeunesse, et c'est la joie du milieu de la vie que de voir se dégager notre personne enfin achevée, ce monde dont chacun de nous est le créateur ; ou plus exactement l'organisateur. Car nous nous sommes servis d'éléments divers : les uns furent imposés par l'hérédité, par l'éducation, par le milieu, mais les autres sont nés du vouloir et du désir." Si nécessité intérieure il doit y avoir chez moi lorsque j'écris, elle réside bien dans ce problème d'identité et cette lutte entre le moi social et le moi "intérieur" ; thématique que j'essaye d'intellectualiser, de schématiser tant que je peux, de triturer dans tous les sens, sans apporter de réponse mais de façon ludique et divertissante (car je persiste à dire qu'il faut savoir s'amuser de tout). Merci Mary pour ce commentaire qui va au coeur du livre, et qui titille mes obsessions !
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Vous avez aimé un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ???? À vous
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